Crédit photo Japan National Tourism office

Nous avons abordé jusqu’à présent des sujets divers, mais cette fois ci, même si nous ne sommes pas à Halloween, ou dans un festival du film d’épouvante.
Nous avions envie d’évoqué un côté méconnu du Japon, plus sombre.
Peut-être avez-vous déjà entendu parler de ce site, très énigmatique, pendant longtemps connu des seuls Japonais mais que le cinéma fantastique a mis en lumière.
Il s’agit donc d’une forêt; mais pas n’importe quelle forêt. Sans vouloir trop effrayer, il faut avouer qu’il est des lieux qui font froid dans le dos, et celui-là en fait partie.
Cette forêt  s’étend sur à peu près 35km² un peu au Nord du Mont Fuji et existe probablement depuis plus de mille ans. De nombreux sentiers la parcourent, dont il est fortement conseillé de ne pas s’écarter, au risque de se perdre sans possibilité de retour, tant sa végétation est aussi dense qu’impressionnante. Les racines des arbres, apparentes,rampent sur le sol, se glissant parmi les roches volcaniques aux formes bizarres.Les branches se mêlent, formant un rideau sombre inviolable qui semble prêt à happer le promeneur téméraire ou inconscient. La lumière ne perce que difficilement ces frondaisons et lorsqu’elle y parvient, l’obscurité paraît l’avaler comme pour lui interdire de venir en aide à l’infortuné qui se serait égaré.
En outre, aucun réseau téléphonique n’est accessible. Les accessoire modernes ne sont ici d’aucune utilité, les boussoles déraillent. Voilà bien un décor posé pour en faire la forêt maudite par excellente. Elle a d’ailleurs la réputation d’être l’endroit le plus hanté de tout l’archipel. Il faut dire que c’est aussi un « must » du suicide nippon. Depuis qu’un auteur Japonais y a conduit ses personnages pour y mourir, dans les années cinquante, tous les candidats au suicide s’y rendent pour y terminer leurs jours, souvent par pendaison. Les corps sont rarement retrouvés ce qui ne fait qu’alimenter la légende.
Attention, ce billet n’a nullement l’intention de vous encourager à y aller.
Bien au contraire, nous vous le déconseillons formellement.
Seulement voilà, c’est aussi un visage du Japon et l’ignorer, volontairement ou non, c’est faire fi des subtilités de l’âme Japonaise qui n’est pas toujours aussi lumineuse que nous nous plaisons à le croire.
C’est même parfois pire que ce que nous aurions pu imaginer; Aokigahara a en effet, par le passé, « accueilli » les séniors encombrants dont les familles souhaitaient se débarrasser discrètement, mais aussi les cadavres de nouveaux-nés euthanasiés ou les dépouilles de victimes de meurtres que l’inextricable forêt avait le bon goût de faire disparaitre définitivement.
Comment s’étonner dès lors que le lieu soit devenu le théatre d’une centaine de décès chaque année.
A ce sujet, il faut savoir qu’au Japon, le suicide n’est ni tabou, ni mal vu. C’est même souvent considéré comme une preuve de courage que de mettre fin à ses jours, dans un contexte ritualisé comme auparavant les samouraïs, ou tout simplement., on considère alors que la personne a fait le choix de délivrer de sa lourde présence les proches pour lesquels elle n’était plus qu’un fardeau.
Mais parfois, il s’agit aussi de simples randonneurs égarés, que l’impossibilité quasi constante de voir le soleil et les formes étranges et effrayantes des rochers et des grottes, a dérouté au point leur faire perdre tout sens de l’orientation; Des cavités naturelles peuvent s’avérer dangereuses et ce n’est absolument pas l’endroit ou jouer à cache-cache. Sauf au péril de sa vie.
Les autorités Japonaises sont débordées et tentent de juguler ces vagues annuelles de suicides ou d’accidents. Car les défunts laissent derrière eux leurs dernières possessions: lampes torche, habits, etc… qu’il faut bien tenter de nettoyer. Des messages apaisants sont disséminés dans la forêt pour décourager les malheureux.
Pour des films ou des documentaires, des réalisateurs occidentaux sont entrés dans la forêt d’Aokigahara.Plusieurs d’entre eux parlent d’un sentiment d’abandon intense, d’une détresse profonde et d’une angoisse insupportable. Les géologues évoquent des bulles de gaz prises au piège dans les roches ou un sol volcanique chargé en métaux ferreux pour expliquer les phénomènes et les étranges sensations qui semblent y être monnaie courante.
Gageons que la légende n’est pas près de s’éteindre, mais souhaitons aussi que les âmes en souffrance parviennent à surmonter leurs douleurs pour qu’Aokigahara ne soit plus l’un des nombreux Nords maléfiques que compte notre planète mais simplement une énième et inoffensive source d’inspiration pour le cinéma fantastique. Dans tous les cas, abstenez-vous de la défier, vous risqueriez de n’y rencontrer que vos propres démons.